Le premier choc, en Islande, ce n'est pas un volcan. C'est la lumière.
Je suis arrivé à Keflavík un 12 septembre vers 16 h, persuadé d'avoir encore l'après-midi devant moi. Vingt minutes plus tard, le ciel avait viré au gris de cendre et le phare de la voiture s'est allumé tout seul. Le lendemain matin, à 4 h 30, un jour blanc et plat éclairait déjà la fenêtre de la guesthouse. En Islande, la lumière ne décore pas le paysage : elle le recompose. Et c'est précisément pour ça qu'un voyage en Islande ne se prépare pas comme un road-trip en Écosse. Ici, on ne planifie pas une visite, on négocie avec une météo qui change toutes les deux heures. Je l'ai appris à mes dépens, trois fois, dont une dans un fossé.
Points clés à retenir
- Le Cercle d'Or se fait en une journée, mais il se fait mal en été entre 11 h et 15 h : les sites saturent.
- Le permis F-route n'est pas une formalité administrative, c'est une assurance-vie si vous quittez la route 1.
- Comptez 1,8 à 2,5 fois le budget d'un road-trip en France à durée égale, carburant et hébergement compris.
- Landmannalaugar, Askja et Hornstrandir restent les vrais gains par rapport aux circuits balisés.
- La règle non écrite sur les sites protégés tient en une phrase : ne laissez aucune trace, même pas une empreinte de chaussure sur la mousse.
Les paysages naturels qui justifient vraiment le déplacement
Beaucoup de listes vous vendent le même circuit. Je vais être direct : certains sites méritent leur réputation, d'autres vivent uniquement de la photographie qu'on en fait.
Le Cercle d'Or : utile, mais pas pour les raisons qu'on vous donne
Þingvellir, Geysir, Gullfoss. Le trio classique. Ce qu'on ne vous dit pas, c'est que Þingvellir est d'abord un lieu politique : c'est là que se réunissait l'assemblée islandaise, sur la faille qui sépare les plaques nord-américaine et eurasienne. Le site vaut pour cette histoire autant que pour le rift. Gullfoss, elle, ne déçoit personne, jamais. Geysir, en revanche, dort ; c'est Strokkur, à cinquante mètres, qui crache toutes les six à huit minutes.
Mon conseil, et j'y tiens : arrivez à Gullfoss avant 9 h ou après 18 h. En plein après-midi estival, j'ai compté six bus stationnés en même temps. La chute reste belle. L'expérience, non.
Jökulsárlón et la plage de diamants
Les icebergs qui se détachent du Breiðamerkurjökull et dérivent vers la mer, puis s'échouent sur le sable noir : c'est le seul site islandais qui m'a fait rester deux heures sans bouger. Le lagon glaciaire se remplit depuis les années 1930 et n'a cessé de grossir.
Deux détails pratiques que personne ne mentionne. Un : la plage de diamants se trouve de l'autre côté de la route, à deux minutes à pied, et la lumière y est meilleure le matin. Deux : ne montez jamais sur un iceberg échoué, même pour la photo. Ils se retournent sans prévenir.
Landmannalaugar, ou le vrai décrochage
C'est ici que l'Islande change de nature. Des rhyolites jaunes, vertes, orangées, une source chaude où l'on se baigne au milieu de la lave, et un silence que je n'ai retrouvé nulle part ailleurs sur l'île. Pour y accéder, il faut une route F, donc un 4x4, donc accepter de rouler à 30 km/h sur de la piste caillouteuse pendant une heure.
Franchement, le jeu en vaut la chandelle. J'ai croisé ce jour-là onze personnes. Onze. À Gullfoss, j'en avais croisé deux mille.
Comment préparer un voyage en Islande sans se ruiner ni se mettre en danger
La question qu'on me pose le plus souvent n'est pas « quel site voir ». C'est « combien ça coûte, et quand y aller ».
Quelle est la meilleure période pour visiter l'Islande ?
Il n'y a pas de réponse unique, il y a trois Islandes différentes selon la saison.
- Juin à août : jour quasi permanent, toutes les pistes ouvertes, mais tarifs d'hébergement au maximum et sites bondés.
- Septembre à mi-octobre : ma préférence personnelle, sans hésiter. Les couleurs virent, les foules disparaissent, les aurores reviennent dès la fin septembre. En contrepartie, certaines routes de l'intérieur ferment déjà.
- Novembre à mars : aurores boréales et glace, mais quatre à cinq heures de jour en décembre et des routes régulièrement coupées.
Le vrai piège n'est pas la saison, c'est la météo intra-journalière. J'ai vu le même col passer de ciel bleu à tempête de neige en quarante minutes, en mai. Le site de l'office météorologique islandais et celui de l'administration routière se consultent chaque matin, pas une fois pour toute la semaine.
Combien coûte réellement un séjour en Islande ?
Sur mon dernier voyage de dix jours à deux, en location de voiture et guesthouses, j'ai tourné autour de 3 400 € tout compris hors vols. Les vols représentaient environ 400 € par personne depuis Paris en réservant cinq mois à l'avance. Le carburant, à lui seul, a mangé près de 300 € — l'essence coûte nettement plus cher qu'en France, et les distances sont trompeuses.
Deux postes où l'on peut réellement économiser : la nourriture (courses en supermarché plutôt que restaurant, le midi surtout) et l'hébergement en auberge ou en ferme. Un plat de poisson au restaurant, c'est facilement 35 à 45 €.
Faut-il un permis spécial pour conduire en Islande ?
Oui, si vous quittez les routes goudronnées. Le permis F-route s'obtient après une courte formation et un examen en ligne, pour un coût modeste, et il est exigé pour conduire sur les pistes classées F. Louer un 4x4 ne suffit pas : le loueur vous demandera ce document, et votre assurance peut refuser de couvrir un incident survenu sans lui.
Et cette histoire de fossé dont je parlais plus haut ? Une piste F dans les Terres centrales, un gué plus profond que prévu, une voiture de location noyée jusqu'aux portières. Résultat : franchise d'assurance, deux jours perdus, et une leçon que je ne suis pas près d'oublier. Ne traversez jamais un gué sans avoir vu un autre véhicule le franchir, ou sans être prêt à faire demi-tour.
Sites classiques contre sites confidentiels : ce que ça change
Le tableau ci-dessous compare ce que j'ai réellement vécu sur les deux catégories, en termes de fréquentation, d'accès et d'équipement.
| Site | Fréquentation ressentie | Accès | Ce qu'il faut prévoir |
|---|---|---|---|
| Gullfoss | Très élevée en journée | Route goudronnée | Parking payant, arriver tôt ou tard |
| Jökulsárlón | Élevée mais fluide | Route 1 | Vestes coupe-vent, la lumière change vite |
| Landmannalaugar | Faible | Route F, 4x4 obligatoire | Permis F-route, plein d'essence avant |
| Askja | Très faible | Piste longue, gués possibles | Journée entière, météo stable exigée |
| Hornstrandir | Quasi nulle | Bateau puis marche | Deux jours minimum, aucune route sur place |
Ce qui saute aux yeux : les sites faciles d'accès concentrent tout le monde. Ceux qui exigent une logistique — un permis, un bateau, une journée de piste — vous rendent le paysage presque pour vous. Le compromis est simple à énoncer, plus dur à accepter : plus vous vous compliquez la vie, plus l'Islande vous récompense.
Le tourisme de masse et ce qu'on peut faire, concrètement
L'Islande accueille aujourd'hui bien plus de visiteurs que sa population ne compte d'habitants, et cela se voit sur les sites les plus accessibles. La mousse qui recouvre les champs de lave met des décennies à repousser après une simple trace de pas. C'est pour cette raison que marcher hors des sentiers balisés est interdit dans plusieurs zones protégées, et que l'amende n'est pas symbolique.
Les règles non écrites à respecter sur les sites naturels
- Ne jamais quitter le sentier balisé, même pour « juste une photo ».
- Ne pas jeter de pierre dans les sources géothermiques, ni toucher l'eau brûlante.
- Les drones sont interdits dans plusieurs parcs nationaux sans autorisation.
- Refermer les barrières derrière vous : l'île est un territoire d'élevage.
Côté hébergement, la plupart des fermes proposent des nuitées et certaines labellisent une démarche environnementale. Ce n'est pas parfait, mais c'est un levier : choisir une ferme plutôt qu'un grand hôtel de Reykjavík déplace l'argent vers les régions et réduit les trajets en voiture. Je l'ai fait sur la moitié de mon séjour, et honnêtement, les meilleures nuits étaient aussi les plus simples.
Trois erreurs que je referai peut-être
Je ne vais pas vous vendre un séjour parfait. Voici ce que j'ai mal fait.
- Vouloir tout voir en sept jours. J'ai enchaîné le sud et le nord en une semaine. C'était épuisant et j'ai traversé des paysages magnifiques sans les regarder, juste pour tenir le planning.
- Réserver trop tard. En haute saison, les hébergements proches des sites partent des mois à l'avance. J'ai dormi à 80 km de Jökulsárlón un soir, par manque d'anticipation.
- Emporter trop de vêtements. Une bonne veste imperméable et des chaussures de randonnée tiennent lieu de garde-robe entière. Le reste, c'est du poids inutile.
Ce que j'ai compris, en définitive, c'est que l'Islande ne se visite pas. Elle se subit un peu, puis elle se mérite. On y arrive avec un itinéraire, on en repart avec des souvenirs qui n'y figuraient pas.
Et cette lumière de septembre, celle qui m'avait pris de court le premier soir ? C'est la seule chose que je n'ai jamais réussi à photographier correctement. Un peu comme si l'île refusait de se laisser emporter.