Le vent m'a arraché la portière des mains à la station-service de Vík. Je l'ai rattrapée de justesse, le poignet tordu, le souffle coupé, et j'ai compris en trois secondes pourquoi tous les guides de location islandais collent un autocollant « ATTENTION AU VENT » sur le tableau de bord. J'étais seul, à 300 kilomètres de Reykjavík, et personne n'allait m'aider. C'est exactement le genre de détail qu'on ne lit nulle part avant de partir.
Depuis, on me pose souvent la question : voyager seul en Islande, c'est vraiment jouable ? Ma réponse est oui, sans hésiter. Mais avec cinq ou six réglages qui changent tout, et que j'ai appris à la dure, souvent en me plantant. Voici les conseils pratiques que j'aurais aimé lire avant mon premier vol.
Points clés à retenir
- L'Islande est l'un des pays les plus sûrs au monde pour un voyageur solo, mais le danger vient de la météo et de la route, pas des gens.
- Le vrai surcoût du voyage en solo se cache dans la chambre individuelle et les excursions guidées, pas dans le vol.
- Louer une voiture reste le meilleur moyen de voir le pays, mais rouler seul impose des règles strictes (F-roads, gués, stations rares).
- L'euro n'est pas accepté : il faut une carte bancaire, et un peu de couronnes en liquide pour les cas isolés.
- L'enregistrement du plan de voyage et l'application SafeTravel ne sont pas des gadgets.
Voyager seul en Islande : faisable, oui, mais pas pour les raisons qu'on croit
Quand je dis à des amis que je suis parti seul, la première réaction est toujours la même : « Et tu ne t'es pas senti seul ? » Franchement, moins qu'à Lisbonne un dimanche pluvieux. L'Islande compte environ 380 000 habitants, dont les deux tiers dans la région de Reykjavík. Le reste du pays, c'est des fermes isolées, des moutons et des paysages à couper le souffle où vous croiserez parfois une seule voiture en une heure.
Ce qui rend le voyage solo réellement facile, c'est la culture locale. Les Islandais sont discrets mais serviables, parlent quasi tous anglais, et le taux de criminalité est si bas qu'il en devient abstrait. Une auberge de jeunesse à Höfn m'a un jour prêté une paire de bottes parce que les miennes étaient trempées. Sans caution. Sans me connaître.
Est-il possible de voyager en Islande seule ?
Oui, absolument, et c'est même une destination très fréquentée par les femmes qui voyagent seules. Les infrastructures sont pensées pour ça : auberges avec dortoirs mixtes ou non, excursions en petit groupe, bains publics. La seule vraie précaution, c'est de ne pas sous-estimer la nature. Une randonnée mal préparée ou une route F abordée avec la mauvaise voiture reste dangereuse, que vous soyez seule ou à trois.
Comment rencontrer du monde quand on est seul
Le piège du voyage solo en Islande, c'est de finir par rouler huit heures par jour sans parler à personne. J'ai fait cette erreur sur mes trois premiers jours : paysages magnifiques, silence total, moral en dents de scie. Puis j'ai changé de méthode.
- Dormir en auberge plutôt qu'en hôtel, au moins une nuit sur deux : les cuisines communes sont le meilleur réseau social du pays.
- Réserver une excursion en groupe (glacier, baleines, aurores) : deux à trois heures à côté des mêmes personnes, ça brise la glace.
- Passer par un hot pot local, ces bains chauds publics où les Islandais discutent entre eux.
- Oser la conversation à la station-service. Ça paraît bête, mais tout le monde s'y arrête, et tout le monde y compare la météo.
Résultat concret : sur dix jours, j'ai partagé deux repas avec des Allemands rencontrés à Vík, fait une randonnée avec une Québécoise croisée sur un parking, et fini par échanger des numéros. Rien de magique, juste de l'organisation.
Le budget réel d'un voyage solo, chiffré
Voilà le point que personne ne traite vraiment. Voyager seul en Islande coûte plus cher par personne qu'à deux, et pas qu'un peu. La chambre individuelle dans une guesthouse, la voiture que vous payez seul, l'excursion guidée sans partage : tout se cumule.
Sur mon dernier séjour, dix jours en septembre, j'ai dépensé environ 2 400 € tout compris depuis Paris. Détail : vol autour de 320 €, location de voiture pour huit jours à 480 €, hébergement en auberges et guesthouses entre 55 et 110 € la nuit, essence autour de 180 €, et un budget repas que j'ai tenu à 25 € par jour en cuisinant moi-même la moitié du temps. Un couple qui fait le même trajet divise grosso modo par deux le coût de la voiture et de l'essence.
| Poste de dépense | Solo (10 jours) | À deux (par personne) |
|---|---|---|
| Vol A/R | ~320 € | ~320 € |
| Location de voiture | ~480 € | ~240 € |
| Essence | ~180 € | ~90 € |
| Hébergement | ~700 € | ~450 € |
| Excursions et repas | ~720 € | ~650 € |
La leçon : le surcoût solo tourne autour de 30 à 40 %. Ce n'est pas négligeable, mais ça ne doit pas vous décourager. Ce qui aide vraiment, c'est de décaler le voyage hors saison (mai ou septembre), de réserver tôt et d'accepter les dortoirs.
Peut-on visiter l'Islande sans voiture ?
Oui, mais le périmètre se réduit vite. Le réseau de bus publics (Strætó) relie les principales villes, et des navettes touristiques desservent le Cercle d'or. En revanche, pour le sud profond, les fjords de l'ouest ou les Hautes Terres, la voiture reste indispensable. Certains voyageurs solos optent pour le covoiturage entre backpackers, via des groupes en ligne ou les tableaux d'affichage des auberges. J'ai testé une fois : ça marche, mais c'est imprévisible.
La valise : ce que j'emporte, ce que j'oublie toujours
La météo islandaise ne suit aucune logique. Un matin d'août, à Landmannalaugar, je suis parti en t-shirt sous un soleil franc. Deux heures plus haut, une pluie glaciale m'a trempé jusqu'aux os. J'ai compris ce jour-là que « quatre saisons dans la même journée » n'est pas une image marketing.
Que dois-je mettre dans ma valise pour un voyage en Islande ?
La règle d'or, c'est le système des trois couches : une première couche respirante (mérinos de préférence), une polaire ou doudoune fine, une veste coupe-vent imperméable. Le reste s'organise autour.
- Des chaussures de randonnée imperméables, déjà rodées avant le départ.
- Un bonnet et des gants, même en été.
- Un maillot de bain — pour les piscines et les hot pots, nombreux et peu chers.
- Un adaptateur de prise (type F, comme en France, mais vérifiez).
- Une batterie externe : le froid vide les téléphones très vite.
- Des lunettes de soleil et une crème solaire haute protection, même sous les nuages.
Ce que j'oublie systématiquement : un masque de sommeil. En juin et juillet, il ne fait presque jamais nuit. Dormir avec un bandeau n'est pas un luxe.
Quels sont les aliments interdits en Islande ?
Il n'existe pas d'aliments « interdits » au sens strict pour un voyageur. Ce qui est réglementé, c'est l'importation : les produits d'origine animale (viande, laitages, œufs) sont très encadrés à la douane. Un sandwich au jambon acheté avant de monter dans l'avion, c'est le genre de détail qui peut vous valoir des ennuis. Le plus simple : achetez sur place dans les supermarchés (Bónus, Krónan), qui sont d'ailleurs d'excellents alliés pour le budget solo.
Argent, conduite et sécurité : les règles qui me sauvent
Sur l'argent, une réponse claire : l'euro n'est pas accepté en Islande, on paie en couronne islandaise (ISK). Mais dans les faits, vous pouvez vivre presque tout le voyage sans jamais toucher de liquide. La carte bancaire passe partout, y compris dans les stations-service automatisées, où il faut parfois un code PIN à quatre chiffres — vérifiez le vôtre avant de partir.
Est-ce que l'euro est accepté en Islande ?
Non. La devise locale est la couronne islandaise, et les commerçants n'acceptent pas les euros, même dans les zones touristiques. Emportez une carte bancaire sans frais de change et retirez un peu de liquide à l'aéroport, pour les rares cas où le terminal fait défaut.
Côté conduite solo, trois règles m'ont épargné des ennuis.
- Ne jamais aborder une route F (piste) sans véhicule 4x4 adapté et sans vérifier les gués : l'assurance ne couvre pas ce type de trajet en cas de casse.
- Faire le plein dès qu'une station apparaît, même à moitié : dans le sud-est, certaines portions sont longues sans service.
- Ouvrir la portière avec la main opposée et contre le vent. Mon poignet s'en souvient encore.
Et puis, il y a la sécurité en randonnée. L'Islande met à disposition un outil officiel, SafeTravel, pour enregistrer votre plan de voyage auprès des secours. Un petit geste qui prend deux minutes et qui, en cas de pépin, change tout. Le numéro d'urgence européen, lui, est le 112. C'est bête à dire, mais on y pense rarement en partant seul.
Ce que l'Islande m'a appris, seul
Un voyage en Islande ne se résume pas à une liste de cascades à cocher. Ce que j'en retiens, c'est une leçon très concrète : la solitude n'est pas un problème à résoudre, c'est un état à apprivoiser. On apprend à lire le ciel, à anticiper le vent, à se faire confiance sur une route déserte.
La prochaine fois que je repartirai seul, je réserverai mes deux premières nuits en auberge avant le départ. Pas pour le prix, ni même pour la sécurité — pour les conversations de cuisine qui valent tous les paysages du monde. C'est peut-être ça, le vrai conseil pratique : ne partez pas seul pour être seul.